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De quoi Aubry est-il le nom ?

Elle se livre aujourd’hui dans Libération. Il était temps. Soir après soir, les Guignols font croire qu’elle est absente des réunions de campagne et leur caricature est dévastatrice – plus elle est juste, c’est-à-dire inexacte et drôle, plus elle porte et substitue l’image à la réalité.

Donc elle parle dans Libération. Elle dit des choses qu’on peut partager ou, si l’on n’est pas d’accord à 100% sur ses positions, au moins admettre comme des éléments de programme crédibles : sur la priorité au logement social, sur l’instruction, sur la politique étrangère d’un président amateur de coups, sur la reconnaissance de la Palestine, sur les Pirates qui font un score inattendu à Berlin, etc. Et puis il y a le reste…

Le reste, c’est d’abord ses propos sur la crise financière. Ça commence mal, par une inexactitude flagrante. Il est faux qu’aux Etats-Unis la réglementation distingue les banques de dépôts et ce qu’elle appelle les banques de marché – elle veut sans doute dire les Investment Banks ; Mme Aubry se réfère à une législation (le Glass Steagall Act) qui date de 1933 et qui a été démantelée dans les années 80 du siècle dernier – les fiches de Sciences Po de Mme Aubry datent un peu. Elle commence par ça et la suite est à l’avenant : il est faux, par exemple, de prétendre que 70% du bilan des banques va vers les opérations sur les marchés financiers – et d’ailleurs, qu’est-ce que ça veut dire ? 70% du bilan des banques alloués à des spéculations ? Mme Aubry a appris une leçon ; l’auteur n’est pas très au fait des choses de la finance ou bien elle n’a pas très bien compris.

Ensuite, il y a le problème de son rapport à l’économie, comme on dirait chez le psy, problème qu’on avait cru déceler avec la loi sur les 35 heures. Première mesure annoncée sur le logement : « bloquer les loyers à la première location ». Retour à la loi de 48 – 1948, pas 1848 – qui a créé des rentes de situation totalement injustifiées et pas bloqué le marché immobilier pour longtemps – c’est de la démagogie pure. Et c’est d’autant plus dommage qu’avec un peu d’idées et de courage, on peut concevoir une politique alternative à la politique du logement actuelle dont les résultats parlent contre elle : cesser totalement d’aider l’accession à la propriété individuelle et réserver les aides publiques aux logements de toutes catégories destinés à être loués, ce qui aurait l’immense mérite de faciliter les changements d’habitation en cas de crise locale de l’emploi.

Ajoutez un dérapage sur les retraites. Elle dit connaître le dossier ; elle veut réintégrer tous les revenus dans l’assiette des cotisations ; logique, la retraite est un revenu différé. Et elle y ajoute « une taxation spéciale sur les banques »… Pourquoi ? On ne sait pas, et elle ne se donne pas la peine de le dire. Pas le droit d’être contre : « Que l’on ne vienne pas nous raconter que cela ne va pas ». Bel argument !

Par-dessus tout ça, il y a la politique politicienne. Mme Aubry déclare : « Affaire Guérini : Personnellement, je ne connaissais rien à ça. » Voilà qui laisse sans voix. On en parlait partout, il suffisait de lire le journal, de regarder la télévision, d’écouter les honnêtes gens de la région, mais non… « Je ne connaissais rien à cela. » Aussi crédible que si elle prétendait que dans sa lutte contre Mme Royal pour le contrôle du PS, il n’y avait pas eu bourrage d’urnes dans le Nord de la France !

Ajoutez à cela des formules d’une familiarité gênante qui dénotent une conception erronée de la fonction à laquelle elle prétend, et vous pouvez commencer à vous faire une idée de ce qu’Aubry est le nom.

Pauvreté des thèmes ; elle reste plusieurs heures à Libé, elle a tout son temps pour délivrer sa vision, le journal lui consacre six pages, et il n’y a rien de substantiel à retenir. Lacunes insondables – la justice, par exemple – pauvreté des thèmes et pauvreté du traitement des thèmes. Médiocre restitution de travaux réalisés par des équipes sans inspiration. On lui aurait pardonné de ne rien connaître à la finance si elle avait convaincu sur son désir de « changer la vie », puisqu’il lui est arrivé de reprendre le slogan de François Mitterrand.  Mais non ! Elle reprend des mots, mais ce ne sont que des mots.

 

 

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