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Pour que les lendemains ne déchantent pas

Deux membres de l’Institut de Recherche de la FSU signent un article dans la livraison de Libérationdu 16 septembre : La prolétarisation des enseignants au-delà du salaire – un article qui mérite attention. Les auteurs récusent toute concurrence dans l’enseignement et l’idée que les établissements scolaires pourraient être des entreprises au service de « clients », des établissements « en charge de définir une stratégie pour s’assurer une position sur le marché de la formation ». Ils veulent éviter que chaque enseignant soit « évalué pour mettre en évidence son apport dans la valeur ajoutée de son établissement ». Ils contestent la logique de promotion des compétences « défendue par le Medef et la Commission européenne » et se plaignent de la prolétarisation des enseignants qui « deviennent des travailleurs exerçant un métier dont l’intelligence et le sens passent du côté de l’Etat-entreprise ». Ce qu’ils décrivent comme un repoussoir paraitra une cible pour plus d’un.

Dans sa livraison du 17 septembre, The Economist consacre un article de fond sur la révolution scolaire dans le monde, basé sur les études du Program for International Student Assessment(PISA) de l’OCDE. Il n’y a pas qu’en France que la question de la modernisation de l’école est posée. La Chine s’est mobilisée depuis des années et elle occupe la tête du classement : sur les cinq premiers systèmes d’éducation au monde, Shanghai vient en n°1, Hong Kong en n°4 et Singapour en n°5. Qui s’est intercalé dans le peloton ? La Corée du Sud (n°2) et la Finlande (n°3). La France est au 17e rang de ce classement.

Quand on lit sous la plume des syndicalistes enseignants français qu’il faut récuser la concurrence entre établissements, on a envie de les inviter à regarder par la fenêtre : la concurrence, elle existe entre les nations, qu’ils le veuillent ou non.

Pour rattraper notre retard, faut-il recruter 60 000 enseignants comme le propose M. Hollande ? Ou « revoir la formation des maîtres, changer les pédagogies et les rythmes scolaires … » – les trois petits points ont leur importance – comme le recommande Mme Aubry en se référant aux études de l’OCDE sans aller jusqu’au bout de la liste des recommandations – il n’est pas donné à tout le monde d’être courageux.

Plutôt que d’en rester aux citations incomplètes, allons aux sources.

Pourquoi les différences de résultats entre systèmes éducatifs ? Les auteurs des études PISA montrent qu’il n’y a pas de lien entre les dépenses consacrées à l’enseignement et les progrès de l’enseignement : dépenser plus par enfant (ex. les Etats-Unis) ne donne pas nécessairement de meilleurs résultats –  mauvais point pour M. Hollande. Ils constatent que les inégalités entre classes sociales comptent évidemment dans les résultats des élèves, mais moins que l’influence des facteurs non scolaires, et d’abord du milieu familial – la Chine connaît les plus grands écarts de revenus et obtient les meilleurs résultats. Tous les enfants de famille modeste ne sont pas condamnés à être élevés sans discipline par des parents qui se désintéressent des résultats scolaires de leurs enfants.

Que doivent faire les systèmes éducatifs mal classés pour redresser la barre ? Il n’y a pas de recette unique, disent les auteurs, ni de remède miracle ; chaque système doit se réformer ou être réformé en fonction de contraintes propres. Pourtant, quatre orientations sont partagées par les bons élèves de la classe : (1) décentraliser et donner leur autonomie aux écoles, (2) ne laisser aucun élève à la traîne, (3) différencier les établissements et (4) revaloriser la situation offerte aux professeurs.

Ce que chacun entendra derrière ces quatre orientations reste à définir pour notre pays. Il ne faut évidemment les valider qu’en fonction d’une vision d’ensemble de la mission et des fonctions du système éducatif et d’une idée des conditions de la réforme. Les parents d’élèves, les employeurs, les collectivités publiques concernées et les enseignants devront contribuer à définir la nouvelle politique à mettre en œuvre – mais à ce stade, pour départager les candidats, la référence aux quatre principes rapportés ci-dessus semble un bon début.

 

Crédit photo : Sean MacEntee

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