Merkel-

Mme Merkel est-elle à la hauteur ou joue-t-elle avec le feu ?

Les critiques de Mme Merkel s’exaspèrent du temps qu’elle met à réagir à des crises venues des marchés qui appellent, selon eux, des mesures urgentes. Les soutiens de Mme Merkel rétorquent qu’elle récuse toute décision forcée, qu’elle veut comprendre les tenants et les aboutissants des décisions qu’on veut lui faire prendre et que, jusqu’à ce jour, on a frôlé quelques précipices mais sans jamais y tomber – pas comme les Américains avec Lehmann Brothers.

Il faut donner un point à Mme Merkel : mieux vaudrait que les gouvernants comprennent ce à quoi ils s’engagent et dans quoi ils nous engagent. Il y a des moments où l’on aimerait tenir les irresponsables – ou les incompétents – qui ont conçu l’euro tel qu’il est, créé une monnaie commune sans politique économique unique et donné à un Etat minuscule et sans historique de bonne gestion – la Slovaquie, pour ne pas la nommer – un droit de veto, et donc de vie et de mort, sur le système monétaire commun. Chapeau bas ! Merci à Mme Merkel de nous protéger du grand n’importe quoi auquel nos gouvernants nous ont habitué et condamné.

Ensuite, il y a la dictature que les marchés imposeraient indûment au politique. Un conseil : pendant vos moments libres, visitez donc la halle la plus proche de votre permanence électorale, et vous comprendrez ce que c’est qu’un marché : un lieu d’échanges tantôt plein tantôt vide, plein d’acheteurs et de vendeurs aux heures dites de marché mais désert le reste du temps. Comment un lieu qui n’est qu’un lieu d’échange, même fonctionnant vingt-quatre heures sur vingt-quatre, pourrait-il exercer une dictature ? Je vous le demande. Si dictature il y a, c’est celle des vendeurs ou des acheteurs, selon qui est en position de force. De la confrontation des offres et des demandes résulte un prix d’équilibre. Si le marché est parfait – vous avez oublié ce qu’est un marché parfait ? Interdiction d’émettre une opinion tant que vous n’aurez pas repassé vos cours d’économie de première année ! Si le marché est parfait, donc, les prix sont stables d’une séance du marché à l’autre ; si le marché est imparfait, s’il manque de profondeur, si les informations circulent mal, si certains acteurs peuvent influencer les cours par l’importance de leurs interventions, etc. (vous voyez, je ne suis pas si méchant que ça…), alors il y a des fluctuations à court terme par rapport à un prix d’équilibre à moyen terme – le marché n’a pas toujours raison à court terme contrairement à ce que prétendent les libéraux, mais à moyen terme, eh bien il faut l’admettre, si !, contrairement à ce que prétendent les antilibéraux. Les derniers à s’être mordu les doigts de ne pas l’avoir admis sont à chercher du côté du défunt bloc soviétique.

La prétendue dictature des marchés n’est, sur le moyen terme, rien d’autre que le résultat de la politique conséquente ou inconséquente des agents économiques, à commencer par les Etats. Arrêtons de nous payer de mots ! Si la Grèce est surendettée, c’est autant parce que les Grecs ont emprunté sans investir qu’en raison du comportement cupide des banques – comportement plutôt stupide que cupide, d’ailleurs, puisqu’elles prêtaient sans s’assurer de la capacité des Grecs à rembourser.

Que faut-il préférer, la prétendue dictature des marchés ou celle des économistes allemands ? Dix ans plus tard, on n’arrive toujours pas à comprendre comment le gouvernement allemand a pu accepter d’abandonner le mark pour l’euro et de partager la conduite de sa politique monétaire avec des pays faisant preuve de moins de cohésion sociale et donc d’une moindre résistance à l’inflation. Les Allemands ont-ils cru qu’ils contrôleraient le monstre ? A l’expérience, ils ont été contraints de partager la direction de leur monnaie avec des décisionnaires pas toujours orthodoxes. Maintenant, ils veulent reprendre le contrôle du système. Les citoyens et les économistes vertueux ne peuvent que s’en réjouir. Evidemment, comme la plupart des autres gouvernements de la zone euro sont irréalistes et inexpérimentés – voyez de l’autre côté des Pyrénées – ou sans courage – voyez de l’autre côté des Alpes – sans parler des tout petits irresponsables – il ne reste qu’une solution : le bras de fer au bord du précipice.

Alors, si incompétente que ça, Mme Merkel ?

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