Justice

Incorrigibles

Les journalistes d’investigation font leurs choux gras des affaires. Les articles et les livres qu’ils publient sont autant de boules puantes que les candidats s’échangent par procuration. Le profane y trouve mille détails inutiles – un individu que le lecteur situe mal a eu un rendez-vous sans témoin avec un autre individu pas très bien cerné non plus, du moins aux dires d’une tierce personne qui l’a confié off à l’auteur. Nous voilà bien informés ! Les avocats ont relu les pamphlets et l’auteur fait confiance au lecteur pour imaginer le non-dit.

Du fatras d’anecdotes révélées par le dernier livre de Pierre Péan, surnage une réflexion sur les conditions dans lesquelles nous en sommes arrivés là. L’auteur explique en substance que la corruption des hommes politiques n’est pas d’hier – ça, on le savait – que la vague de scandales des années 80 a poussé le législateur à poser des règles visant à assainir le financement de la vie politique – ça, on le savait également – mais qu’en fait les hommes politiques se sont affranchis des règles qu’ils avaient eux-mêmes établies. Certes, ils ont cessé d’organiser eux-mêmes les circuits de corruption ; mais comme ils ne voulaient pas de se couper des flux d’argent sale, ils ont fait monter en ligne des individus prêts à se salir les mains pour eux et qui se sont incrustés dans leur entourage professionnel et personnel. Une brochette de personnages avides et sans scrupule s’est mise au service des quelques ambitieux de la politique et des affaires ; au bout d’un certain temps, ceux qui se croyaient les maîtres de la situation sont devenus les larbins de leurs séides.

Transparency International, une ONG qui lutte contre la corruption, le dit : en 2010, nous avons régressé d’une place au classement mondial de l’intégrité où nous sommes au 25e rang.

Il y a quelque chose de difficile à admettre dans la revendication de transparence absolue des organisations comme Wikileaks. Les Etats seraient paralysés s’ils devaient répondre dans la transparence totale aux attaques des malfrats, terroristes et autres Etats voyous. En plus, on a vu ces dernières semaines ce qu’a duré la prétendue protection des sources par Wikileaks…

Il y a quelque chose de difficile à admettre dans la prétention du parquet à être indépendant. Autrefois (dans les années 60 du siècle précédent), les manuels de droit pénal admettaient la dépendance de la magistrature debout à l’égard du ministre de la Justice sur la base suivante : c’est la société qui poursuit le criminel, et qui représente mieux la société que le pouvoir exécutif contrôlé par le législateur démocratiquement élu ?

Notre société survalorise l’argent, le pouvoir et le sexe – les trois sont liés, voyez ce qui se passe en ce moment dans la malheureuse Italie. Si la tête est pourrie, le corps le sera assurément d’ici peu. Pourquoi les petits se refuseraient-ils à leur petite échelle ce qu’ils voient les puissants faire en toute impunité ?

Les journalistes ne sont pas parfaits. Si l’on en croit Sexus Politicus, une enquête sur l’attraction sexuelle des hommes politiques, nombre de journalistes y succombent. D’autres, de bonne foi, sont néanmoins manipulés par des manœuvriers qui leur disent ce qu’ils veulent bien leur dire. N’empêche que sans la presse d’investigation, toute imparfaite qu’elle soit, nous ne saurions rien.

Le parquet n’est pas parfait ; il est composé de femmes et d’hommes qui sont faillibles et faibles. Que le parquet soit le défenseur de la loi et non de la société ne me convient pas : il suffit que la magistrature assise occupe le siège du dieu juge, pas besoin d’un duo à ce niveau. Mais qu’il doive devenir indépendant de la classe politique lorsqu’il s’agit de poursuivre les hommes politiques, c’est devenu une évidence. La faillite morale de la classe politique oblige à lui retirer le pouvoir de se poursuivre ou de renoncer à se poursuivre elle-même. Les imperfections des juges conduisent à leur dénier de poursuivre ou ne pas poursuivre sans contrôle.

Il faut imaginer de nouveaux contre-pouvoirs.

 

Crédit photo : InsideMyShell

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