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Ah, parlez-moi de protectionnisme !

Nous achetons beaucoup de biens importés sans le savoir, des vêtements, des chaussures, des équipements ménagers, des téléviseurs, des téléphones portables, des consoles de jeu, des voitures, que sais-je ? Et pourquoi ? Soit parce qu’ils sont moins chers que si nous achetions des productions françaises – c’est le cas de beaucoup de textiles, par exemple – soit parce qu’ils sont plus performants ou de meilleure qualité – ex. certaines voitures – soit tout simplement parce que nous ne fabriquons rien d’équivalent – ex. les tablettes électroniques.

Que se passerait-il si nous rétablissions les droits de douane sur les chaussures de sport, les jeans, les téléphones portables, etc. Où sont en France, les usines qui pourraient produire tout ce que nous cesserions d’importer ? Et combien d’emplois espère-t-on créer ? A la vérité, ce serait marginal. Beaucoup d’usines ont été délocalisées depuis longtemps et il n’y a en France ni machines-outils, ni main d’œuvre formée pour produire ce qui est importé. Résultat, les consommateurs continueraient d’acheter des biens importés, mais ils devraient les payer plus cher. Alors, je vous le demande : à qui allez-vous faire supporter la hausse des prix que vous préconisez ? Aux acheteurs de chaussures de sport, de jeans, de téléphones portables, d’ordinateurs, de consoles, de voitures ? A qui d’autre encore ? Dîtes-le nous, ils nous écoutent ces acheteurs, ils peuvent être tentés par le retour au protectionnisme mais ils aimeraient aussi savoir à quelle sauce ils seraient accommodés s’ils votaient pour vous.

Le protectionnisme, c’est la vie chère. C’est aussi le déclin industriel assuré et plus de chômage à terme. Dans les années 70 du siècle précédent, la direction des télécommunications des PTT, l’ancêtre de France Telecom, avait inventé un outil très en avance sur son temps : le minitel. A une époque où les lignes téléphoniques servaient uniquement à porter la voix, le minitel véhiculait des messages et des illustrations. On en a distribué aux abonnés des PTT. En avons-nous exporté ? Non. Avons-nous importé des concurrents du minitel ? Non. Les PTT avaient un monopole. Pendant ce temps, IBM, Steve Jobs et quelques autres innovateurs inventaient l’ordinateur portable, bientôt branché sur Internet. Le minitel avait été un précurseur, il aurait donc pu lutter contre les ordinateurs portables. Il n’en a rien été. Les PTT sommeillaient dans leur coin, protégés contre toute concurrence par le monopole. On connaît la suite. L’ordinateur portable a écrasé le minitel et les chaines de production de minitel ont été arrêtées. Le protectionnisme que vous nous proposez, M. Montebourg, Mme Le Pen, c’est la France du Minitel à l’heure de Google et de Twitter.

M. Montebourg, vous êtes un partisan de la concurrence. Au sein de votre parti, vous avez organisé la compétition entre les candidats aux primaires. Quel avantage y avez-vous vu ? Assurément, vous avez souhaité faire désigner le meilleur candidat socialiste possible. Vous avez peut-être aussi espéré que la primaire favoriserait l’émergence d’une nouvelle génération d’hommes politiques, à laquelle vous appartenez. La concurrence, c’est tout un. On ne peut pas la vouloir quand elle vous arrange et la refuser quand on craint qu’elle vous désavantage. La compétition, dans des moments de fatigue, on préférerait tous qu’elle soit moins intense. Mais comme le sport, comme tous les efforts auxquels nous sommes contraints, elle est salutaire. Le renouveau industriel français viendra de l’investissement et de l’esprit d’entreprise, pas du protectionnisme et du repli sur soi.

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